Attention ! Les recettes et renseignements donnés sur ce blog sont là uniquement à titre d'information. Il est par conséquent fortement conseillé de ne pas utiliser ces renseignements pour se soigner soi-même sans avis médical. Ces recettes et informations ne peuvent en aucun cas être assimilées à un traitement ou une prescription médicale. L'auto-médication a ses limites et elle implique toujours l'établissement d'un diagnostic médical précis avant d'être entreprise afin de ne pas traiter une affection qui n'existe pas et, surtout, de ne pas s'en laisser développer une qui nécessiterait d'autres soins adaptés plus importants et plus urgents. De même, avant de consommer une plante, soyez certain de l'avoir bien identifiée, car les confusions peuvent être très faciles. Certaines sont extrèmement toxiques. En cas de malaise ou de maladie importante, consultez d'abord votre médecin, votre pharmacien ou tout personnel médical qualifié qui sera en mesure d'évaluer votre problème de santé.
Cet article s’inscrit dans une série qui portera sur la médecine au XIIe et XIIIe siècles. Devant l’ampleur de la tache, j’ai décidé de scinder la synthèse en plusieurs parties.
La première s’est imposée naturellement, car sans pathologies, et sans malades, il n’est pas de médecine.
Le haut Moyen Âge nous livre plus de 500 manuscrits dans lesquels les auteurs décrivent les cas auxquels ils ont été confrontés. Mirko D. Gmerk en fait la synthèse et nous livre ces chiffres :
343 cas infectieux : 60 fièvres, 138 parasites, 8 morsures de serpents, 4 infections du système nerveux.
1091 cas sans infection : 129 de l’appareil digestif, 43 de l’appareil respiratoire, 9 traumatismes ou luxations, 133 du système nerveux, 9 avortements, 426 autres : angines, dyspnée, catarrhes, rage, charbon, pleurésie, phtisie, empyèmes, apoplexie, variole.
58 mentions pour les femmes : 18 au sujet des règles absentes, 5 contre la stérilité, 1 contraception, 5 portant sur les seins, 10 au sujet de la lactations, 9 sur l’utérus, 8 partaritions, 3 sur la mort in utero et 1 sur la gonococcie.
On constate un fort saturnisme alimentaire, dû à la glaçure des poteries, qui engendre des crises de goûte. Les intestins sont infestés de Tenia et lombric, il y a bien sûr de nombreux cancers, et des afflictions des yeux et des oreilles.
Les pathologies du Moyen Âge central ne sont pas très différentes de celles du haut Moyen Âge, mais les contacts avec le Proche Orient ajoutent encore de nouvelles maladies.
La variole se répand en Méditerranée au XIIe siècle. Le scorbut et d’autres avitaminoses gagnent les troupes qui voyagent vers la Terre Sainte, surtout s’ils sont nourris avec des charcuteries et salaisons. La grippe arrive à Venise aux environs de 1172, elle parcourt l’Italie, la France, l'Angleterre et la Saxe.
Deux épidémies dominent le XIIe siècle : l'ergotisme et la lèpre.
Le début du siècle est marqué par le feu sacré, c'est-à-dire l’ergotisme, dit aussi le mal des ardents ou le feu de Saint Antoine. Réputée survenir pendant les périodes de débauche collective, cette maladie est provoquée par l’ergot de seigle (clariceps purpurea), champignon qui se développe sur le seigle lorsqu’il est mal conservé.
Dans sa forme aiguë, elle se caractérise par des spasmes, contractures, et délires, suivis rapidement de la mort. Dans sa forme faible, elle se manifeste par des cauchemars, et d’énormes vésicules pleines de sérosités qui poussent sous la peau. Les membres sont pris de douleur puis noircissent et cassent à l’articulation. La gangrène sèche les membres ; elle est entraînée par les alcaloïdes vasoconstricteurs de l'ergot de seigle. On raconte l’histoire d’une femme malade qui se rendait à l’abbaye de Saint-Antoine dans le Dauphiné sur une ânesse. Elle heurte un buisson et perd sa jambe qu’elle portera elle-même jusqu’à l’abbaye.
La maladie régresse dès le début du XIIe grâce à la conjonction de plusieurs facteurs. Des facteurs agricoles d’abord : on ne sème plus de seigle seul, mais du méteil (blé + seigle), et le climat devient moins favorable à l’ergot. Des facteurs institutionnels ensuite : durant les XIe et XIIe siècles, plusieurs guérisons miraculeuses ayant eu lieu à l'abbaye Saint-Antoine de Vienne, un afflux de malades s'y produisit. L’ordre des Antonins, fondé en 1095, a pour but de soigner ces malades, et ils les nourrissent avec du pain de froment qui a le mérite de ne pas réintroduire d’ergot dans leur corps.
La dernière épidémie a lieu en Espagne au XIIIe siècle. Par la suite, il n’y a plus que des attaques localisées.
La lèpre, dont l'ampleur avait baissé, redevient invasive et connaît son apogée au XIIe siècle. Elle est perçue comme corruption du corps due à la corruption de l'âme (Lévitique 13 ; 46), et les médiévaux pensent que sa transmission est sexuelle. Dieu viendrait visiter plus intimement les malades de la lèpre que les autres, ce qui en fait des hommes à part.
En réalité, elle est due à une bactérie (mycobacterium leprae) qui se transmet par les postillons, le contact d’une plaie avec des muqueuses infectées ou des objets souillés comme les vêtements et les draps. Sa période d’incubation est longue de plusieurs années, et ce sont souvent les jeunes adultes qui la développent.
Bien que non mortelle, la lèpre a des effets très handicapants qui touchent non seulement la peau, mais aussi les yeux, le nez, parfois les organes internes et finit par l’amputation de certains membres. S’y ajoutent des conséquences sociales, le plus souvent, durant la période médiévale, l’isolement et la mort au monde.
Au XIIIe siècle, on compte 19000 léproseries en Europe, fondées par l’Eglise, Saint Lazare, les rois et l’Empereur. Si on estime que ces fondations accueillent entre 2 et 100 malades, 16 en moyenne, et que la moitié des infections ne présente pas de symptômes majeurs, on peut compter environ 600000 cas de lèpre pour une population de 75 à 80 millions d’européens avec la Russie, soit 0,8%.
Il n’y aura pas d’autres grandes épidémies jusqu’à la peste, mais on peut observer de nombreuses autres pathologies :
Les affections nasales, des trachées, du larynx et des poumons sont minutieusement décrites dans le corpus médical.
La tuberculose prend de l’importance, les scrofules (dérèglement du système lymphatique qui produit d’énormes ganglions dans le cou ; cette forme est aussi désignée sous le terme d’écrouelles, sensées être guéries par le pouvoir thaumaturgique des rois de France) se font plus nombreuses que les phtisies (forme pulmonaire de la tuberculose), à l’inverse du Haut Moyen Âge. La cause en est peut être l’importation de bovins lombards un peu partout en Europe.
Les maladies nerveuses sont attribuées à des abcès dont le siège se situe dans la tête, à des endroits différents en fonction de la maladie : léthargie, apoplexie, épilepsie ou mélancolie. Elle serait causée par le surmenage, des commotions, ou des préoccupations d’argent.
L’hystérie serait provoquée, croyait-on, par des spasmes de l’utérus. On recommande l’utilisation de parfums comme l’ambre ou le patchouli et une bonne hygiène de vie sexuelle pour la soigner.
Les affections des organes génitaux sont très étudiées, la blennorragie en particulier fait l’objet de toutes les attentions. Provoquée par le gonocoque (Neisseria gonorrhoeae), cette maladie se traduit par des écoulements de pus par la verge ou le vagin. Il est possible qu’elle ait particulièrement choqué les médecins et les autorités, à tel point qu’en 1143 un règlement est édicté contre les filles porteuses du « mal détestable ».
Les calculs, ainsi que leurs diverses manifestations hématuries (présence de sang dans les urines) et stranguries (spasmes de l’urètre qui rendent la miction difficile et lente) sont observées.
Dans les chapitres sur les hémorroïdes, les auteurs décrivent le terresme, la lientérie, mais aussi les maladies de foie et de la rate.
Enfin nous citerons sans nous y arrêter les diverses fièvres (typhoïde, palu), dermatoses, suppuration interminables, et traumas innombrables qui nous sont relatés. On signale aussi des maladies des reins, de la vessie, le diabète et de nombreuses autres maladies vénériennes.
Il nous reste à nous pencher sur le statut du malade. Celui-ci est très ambigu. Il est à la fois rejeté et élu. Il est haïssable car il reproduit l’image du péché originel. Néanmoins il souffre à l’image du Christ et il est l’image de la justice divine qui frappe directement en lui des fautes dont il ne s’aperçoit pas. D’autre part, s’il est la cible des attentions des biens portants, le malade coopère à leur salut.