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  • : Ce blog est consacré au métier d'apothicaire et aux remèdes naturels à l'époque médiévale. Vous y trouverez des articles, des documents d'époque ainsi que des photos de reconstitution d'une échoppe d'apothicaire réalisée dans le cadre de l'association Les Compagnons de Valérien.
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Attention ! Les recettes et renseignements donnés sur ce blog sont là uniquement à titre d'information. Il est par conséquent fortement conseillé de ne pas utiliser ces renseignements pour se soigner soi-même sans avis médical. Ces recettes et informations ne peuvent en aucun cas être assimilées à un traitement ou une prescription médicale. L'auto-médication a ses limites et elle implique toujours l'établissement d'un diagnostic médical précis avant d'être entreprise afin de ne pas traiter une affection qui n'existe pas et, surtout, de ne pas s'en laisser développer une qui nécessiterait d'autres soins adaptés plus importants et plus urgents. De même, avant de consommer une plante, soyez certain de l'avoir bien identifiée, car les confusions peuvent être très faciles. Certaines sont extrèmement toxiques. En cas de malaise ou de maladie importante, consultez d'abord votre médecin, votre pharmacien ou tout personnel médical qualifié qui sera en mesure d'évaluer votre problème de santé.

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Samedi 14 juillet 2007

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Le Capitulare de villis vel curtis imperii, plus connu sous son titre abrégé de "Capitulaire De Villis", n'est pas à proprement parler un ouvrage d'apothicairerie, puisqu'il traite également d'autres sujets pratiques dans l'administration des villae carolingiennes. Il s'agit d'une ordonnance élaborée par un souverain franc pour régler l’exploitation et l’administration de ses domaines. Nous ne connaissons ce texte que par un seul manuscrit, conservé à la Bibliothèque de Wolfenbüttel en Allemagne, sous la cote Helmstedt 254, dont est tirée la page photographiée ci-dessus. 

Ce document a été émis soit par Charlemagne, soit par son successeur Louis le Pieux, entre 770 et 813 (voir la question de la datation et de l'attribution du texte traitée par Marc Bloch
ici). Il s'agit d'un texte important, car c'est le premier qui règlemente (entre autres) les plantes à cultiver dans les jardins du domaine royal, dans la capitule (article) 70. Cette liste de 94 plantes contenue dans lescapitules 43, 62 et 70 (89 plantes sur 94 sont citées dans cette dernière capitule) n'était évidemment pas absolument obligatoire, et ce pour des raisons pratiques (peu de jardins avaient autant de plantes !) ; toutefois, il s'agissait de plantes dont la présence dans les jardins était fortement désirable. Il ne s'agit pas que d'herbes médicinales, mais toutes plantes cultivées dans les jardins, herbes médicinales, fruits, légumes, etc... Ces 94 plantes se répartissent en 73 "herbes", 16 arbres fruitiers, 3 plantes textiles et 2 plantes tinctoriales. Voici la transcription et la traduction de cette capitule 70 faite par Alain Canu :



LXX. Volumus quod in horto omnes herbas habeant, id est lilium, rosas, fenigrecum, costum, salviam, rutam, abrotanum, cucumeres, pepones, cucurbitas, fasiolum, ciminum, ros marinum, careium, cicerum italicum, squillam, gladiolum, dragantea, anesum, coloquentidas, solsequiam, ameum, silum, lactucas, git, eruca alba, nasturtium, parduna, puledium, olisatum, petresilinum, apium, levisticum, savinam, anetum, fenicolum, intubas, diptamnum, sinape, satureiam, sisimbrium, mentam, mentastrum, tanazitam, neptam, febrefugiam, papaver, betas, vulgigina, mismalvas, id est altaea, malvas, carvitas, pastenacas, adripias, blidas, ravacaulos, caulos, uniones, britlas, porros, radices, ascalonicas, cepas, alia, warentiam, cardones, fabas maiores, pisos mauriscos, coriandrum, cerfolium, lacteridas, sclareiam. Et ille hortulanus habeat super domum suam Iovis barbam. 

Nous voulons que l’on cultive dans le jardin toutes les plantes, à savoir : lis, roses, fenugrec, balsamite, sauge, rue, aurone, concombres, citrouilles, gourdes, artichauts d’Espagne (ou mogettes), cumin, romarin, carvi, pois chiche, scille (oignon marin), glaïeul (ou iris), estragon, anis, coloquinte, chicorée amère (ou soucis), ammi, séséli (ou chervis), laitue, nigelle, roquette, cresson [de terre], bardane, menthe pouliot, maceron, persil, céleri (ou ache), livèche, sabine, aneth, fenouil, chicorée, dictame, moutarde, sariette, menthe blanche (ou nasitord), menthe, menthe sauvage, tanaisie, calament (ou cataire ou herbe à chats), grande camomille (ou centaurée), pavot, bette, cabaret, guimauve, mauve, carotte, panais, arroche, blette, chou-rave, chou, oignons, ciboulette, poireau, navet (ou raifort ou radis), échalote, cive, ail, garance, cardon, fève, pois, coriandre, cerfeuil, épure, sclarée. Et que le jardinier ait au-dessus de sa maison de la joubarbe.

(Extrait du Capitulaire De Villis, traduction © Alain Canu. Pour avoir l'ensemble de la traduction de la capitulaire De Villis, cliquez ici)


Voici la liste complète (par ordre de citation) de toutes les plantes citées par le Capitulaire De Villis :
linum : lin
waisdo : guède (dite aussi pastel, ou indigo)
warentia : garance
cardones : chardon
lillium : lis
rosas : rose et églantier
fenigrecum : fenugrec
costum, costus : menthe-coq
salviam : sauge
rutam : rue
abrotanum : aurone mâle (dite aussi herbe de la Saint-Jean ou herbe de feu, ou encore tabac de Saint Pierre)
cucumere : concombre
pepon : courgette, citrouille, potiron ou melon
cucurbitas : calebasse (dite aussi courge pélerine)
fasiolum : dolique (ou mongette)
ciminum : cumin
rosmarinum : romarin
careium : carvi (dit aussi cumin des prés, ou faux-cumin)
cirerum italicum : pois chiche
squillam : scille maritime (ou oignon marin)
gladiolum : glaïeul (ou iris bleu)
dragentea : estragon (ou serpentaire)
anesum : anis
coloquentidas : coloquinte
solsequiam : souci
ameum : ammi
silum : sermontain (ou chervis)
lactucas : laitue
git : nigelle
eruca alba : roquette
nasturtium : cresson
parduna : bardane
puledium : menthe pouliot
olisatum : maceron
petresilinum : persil
apium : céleri (ou ache)
levisticum : livèche
savinam : sabine
anetum : aneth
fenicolum : fenouil
intubas : chicorée
diptamnum : dictame
sinape : moutarde
satureiam : sariette
sisimbrium : menthe blanche (ou nasitord)
mentam : menthe
mentastrum : menthe sauvage
tanazitam : tanaisie
neptam : calament (ou cataire ou herbe à chats)
febrefugiam : grande camomille (ou centaurée)
papaver : pavot
betas : bette
vulgigina : cabaret
mismalvas : guimauve
malvas : mauve
carvitas : carotte
pastenacas : panais
adripias : arroche
blidas : blette
ravacaulos : chou-rave
caulos : chou
uniones : oignons
britlas : ciboulette
porros : poireau
radices : navet (ou raifort ou radis)
ascalonicas : échalote
cepas : cive
alia : ail
fabas maiores : fève
pisos mauriscos : pois
coriandrum : coriandre
cerfolium : cerfeuil
lacteridas : épure
sclareiam : sclarée
Iovis barbam : joubarbe


Il faut noter que cette liste n'est pas réellement une nouveauté. En effet, les 89 plantes citées dans la capitule 70 l'étaient déjà toutes dans l'Histoire Naturelle de Pline (livres XIV à XXV) et la De materia Medica de Dioscoride, tous deux du Ier siècle. Ces plantes ont également toutes été citées par Galien au IIe siècle, l'autorité principale avec Hippocrate en matière de médecine au Moyen Âge. Mais le Capitulaire De Villis reste toutefois la première mention complète des plantes (en particulier médicinales) cultivées au Moyen Âge. Car ce capitulaire eu une certaine postérité, puisque la grande majorité des herbularii (jardins médicinaux) médiévaux, en particulier monastiques, se sont constitués à partir de cette liste. Il s'agit donc bien des 94 plantes les plus cultivées dans les jardins au Moyen Âge, la plupart ayant des vertus médicinales.

Par Godefroy de Nancey - Publié dans : Ouvrages d'apothicairerie
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